Le temps des cerises de Jean Baptiste Clément et Antoine Renard

Si Le Temps des Cerises est un chant révolutionnaire, il est aussi l’une des plus grandes chansons d’amour française.
Son auteur, Jean Baptiste Clément(1), parallèlement à son fort engagement politique, écrivit  de nombreuses  chansons.
Des textes souvent très engagés aux titres évocateurs : La semaine sanglante (1871), La grève (1893), En avant paysans (1900) mais aussi plusieurs comptines comme « Dansons la capucine ».  A la lecture de celle-ci, on sent « remonter en soi comme une bouffée d’enfance » :

Dansons la capucine
Y’a pas de pain chez nous
Y’en a chez la voisine
Mais ce n’est pas pour nous
You !

Dansons la capucine
Y’a pas de vin chez nous
Y’en a chez la voisine
Mais ce n’est pas pour nous
You !

Dansons la capucine
Y’a pas de feu chez nous
Y’en a chez la voisine
Mais ce n’est pas pour nous
You !

Dansons la capucine
Y’a du plaisir chez nous
On pleur’ chez la voisine
On rit toujours chez nous
You !

« La Capucine », tableau de François Henri Morisset en 1901  (1843-1918).

 

Depuis sa création par Antoine Renard à l’Eldorado en 1868, de nombreux interprètes ont chanté Le Temps des cerises dont :  Odette Dulac en 1901, Fred Gouin en 1928,  Tino Rossi en 1938, Trenet en 1942, Yves Montand et Cora Vaucaire en 1955, Mouloudji et Susy Delair en 1958, Colette Renard en 1961, André Dassary en 1970,  Juliette Gréco en 1983, Leny Escudéro en 1997 …………

Je vous propose d’écouter la version enregistrée en 1947 par Jean Lumière(1907-1979).

« Votre voix est claire, vous êtes du Midi (Aix-en-Provence), vous vous appellerez  Jean Lumière ».  Suivant les conseils de Esther Lekain c’est avec ce nom d’artiste que Jean Anezi monte à Paris en 1930 et débute à l’Européen.
La carrière de Jean Lumière dure une trentaine d’années.
A sa retraite il fonde une école de chant. Parmi ses élèves : Gloria Lasso, Edith Piaf, Cora Vaucaire et Mireille Mathieu.

 

 

Né en 1836 à Boulogne-sur-Seine, fils d’un riche meunier, Jean-Baptiste Clément rompt avec ses parents dès l’âge de 14 ans. Dans l’obligation de gagner sa vie il se retrouve garnisseur de cuivre puis commerçant en vins ou encore terrassier au tunnel de Nogent sur Marne.

A l’âge de trente ans, il s’établit sur la Butte Montmartre où il fréquente les salles de rédaction de journaux socialistes dans lesquelles il rédige des articles notamment  pour « Le cri du Peuple » de Jules Vallès.

En 1867  il doit se réfugier en Belgique, où il publie la célèbre chanson Le Temps des cerises.

Revenu à Paris, il collabore à divers journaux d’opposition au Second Empire tels  que La Réforme de  Delescluze et Vermorel.

Condamné pour avoir publié un journal sans cautionnement et pour offenses envers l’Empereur, il est reclus dans la prison de Sainte Pélagie  jusqu’ au 4 septembre 1870, jour de l’insurrection républicaine, après la déchéance de Napoléon III vaincu à Sedan.

Orateur écouté des foules, partisan convaincu de la révolution du 4 septembre, militant très actif lors de l’insurrection parisienne du 18 mars 1871 (délégué à la Commune de Paris, il avait succédé à Clémenceau en mai 1871 comme maire de Montmartre), Jean Baptiste Clément dut s’exiler à Londres durant 8 années : condamné à mort par contumace en 1874, amnistié en 1879, il rentrait à Paris l’année suivante.

Portait de Antoine Renard qui mit en musique « Le temps des cerises » à la demande de Jean Baptiste Clément.

Entre temps la chanson d’amour « Le Temps des Cerises » était devenue  l’hymne de tous les communards et des ouvriers. 

C’est en 1882 après son retour d’exil que Jean Baptiste Clément y ajouta cette dédicace :  » A la vaillante citoyenne Louise, l’ambulancière de la rue Fontaine-au-Roi, le dimanche 28 mai 1871 « . Ce jour là, avec Eugène Varlin et Charles Ferré, tous deux plus tard condamnés à mort et fusillés, Clément se trouvait sur la dernière des barricades. (lire plus bas la dédicace complète)

 Épuisé par les combats politiques,il meurt le 23 juin 1903 à Paris, à l’âge de 66 ans.

Lorsqu’il fut inhumé au cimetière du Père Lachaise le 26 février 1903, plusieurs milliers de  personnes assistèrent à la cérémonie.

La tombe de Jean Baptiste Clément au Père Lachaise.

La place Jean-Baptiste-Clément dans le 18éme arrondissement de Paris. Elle débute au 19  rue Ravignan et se termine rue Lepic.

Un restaurant coopérative crée en 1976 dans le quartier de la Butte aux Cailles.

 

Dédicace de Jean Baptiste Clément   » A la vaillante citoyenne Louise, l’ambulancière de la rue Fontaine-au-Roi, le dimanche 28 mai 1871  » :

« Puisque cette chanson a couru les rues, j’ai tenu à la dédier, à titre de souvenir et de sympathie, à une vaillante fille qui, elle aussi, a couru les rues à une époque où il fallait un grand dévouement et un fier courage !
Le fait suivant est de ceux que l’on oublie jamais :
Le dimanche 28 mai 1871, alors que tout Paris était au pouvoir de la réaction victorieuse, quelques hommes luttaient encore dans la rue Fontaine-au-Roi.
Il y avait là, mal retranchés derrière une barricade, une vingtaine de combattants, parmi lesquels se trouvaient les deux frères Ferré, le citoyen Gambon, des jeunes gens de dix-huit à vingt ans et des barbes grises qui avaient déjà échappé aux fusillades de 48 et aux massacres du coup d’Etat.
Entre onze heures et midi, nous vîmes venir à nous une jeune fille de vingt à vingt-deux ans qui tenait un panier à la main.
Nous lui demandâmes d’où elle venait, ce qu’elle venait faire et pourquoi elle s’exposait ainsi ?
Elle nous répondit avec la plus grande simplicité, qu’elle était ambulancière et que la barricade de la rue Saint-Maur étant prise, elle venait voir si nous n’avions pas besoin de ses services.
Un vieux de 48, qui n’a pas survécu à 71, la prit par le cou et l’embrassa.
C’était en effet un admirable dévouement !
Malgré notre refus motivé de la garder avec nous, elle insista et ne voulut pas nous quitter.
Du reste, cinq minutes plus tard, elle nous était utile.
Deux de nos camarades tombaient frappés l’un, d’une balle dans l’épaule, l’autre au milieu du front.
J’en passe !!…
Quand nous décidâmes de nous retirer, s’il en était temps encore, il fallut supplier la vaillante fille pour qu’elle consentit à quitter la place.
Nous sûmes seulement qu’elle s’appelait Louise et qu’elle était ouvrière.
Naturellement, elle devait être avec les révoltés et les las-de-vivre.
Qu’est-elle devenue ?
A-t-elle été, avec tant d’autres, fusillée par les Versaillais.
N’était-ce pas à cette héroïne obscure que je devais dédier ma chanson la plus populaire ? »

Le Temps Des Cerises 1868 –
Paroles de Jean Baptiste Clément, musique d’ Antoine Renard

Quand nous chanterons le temps des cerises,
Et gai rossignol, et merle moqueur
Seront tous en fête !
Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux du soleil au cœoeur !
Quand nous chanterons le temps des cerises
Sifflera bien mieux le merle moqueur !

Mais il est bien court, le temps des cerises
Où l’on s’en va deux cueillir en rêvant
Des pendants d’oreilles…
Cerises d’amour aux robes pareilles,
Tombant sous la feuille en gouttes de sang…
Mais il est bien court, le temps des cerises,
Pendants de corail qu’on cueille en rêvant !

Quand vous en serez au temps des cerises,
Si vous avez peur des chagrins d’amour,
Evitez les belles !
Moi qui ne crains pas les peines cruelles
Je ne vivrai point sans souffrir un jour…
Quand vous en serez au temps des cerises
Vous aurez aussi des peines d’amour !

J’aimerai toujours le temps des cerises,

C’est de ce temps-là que je garde au coeœur
Une plaie ouverte !

Et dame Fortune, en m’étant offerte
Ne pourra jamais calmer ma douleur…

J’aimerai toujours le temps des cerises
Et le souvenir que je garde au cœoeur !

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1) photo prise par Nadar vers 1900

1  ( Photo Nadar, vers 1900 )

9 réflexions au sujet de « Le temps des cerises de Jean Baptiste Clément et Antoine Renard »

  1. Ciao daniela,
    c’est vrai que la période ne porte pas à l’optimisme, mais il faut garder espoir et nous finirons par avoir à nouveau de belles et grosses cerises !!!

    gérard

  2. Bonsoir Gérard,
    Je viens de passer un excellent moment à lire votre article. Ce voyage à travers une chanson aussi remarquable et complexe est passionnant. La chanson est indissociable d’une époque et de ses troubles mais elle traduit aussi la joie gourmande associée aux fièvres de l’amour.
    Merci pour ces belles cerises rutilantes qui, je l’espère, nous apporteront un été d’espérance et de confiance retrouvées.
    Je vous souhaite une excellente soirée. Amitiés.
    Cendrine

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