CARETTE : le titi parisien du cinéma

Julien Carette est né le 23 décembre 1897 à Paris. Réformé pour faiblesse de constitution, il suivit les cours des Beaux-Arts tout en occupant des emplois aussi modestes que divers dans les théâtres parisiens: accessoiriste, machiniste, souffleur.

Recalé au concours d’entrée au Conservatoire, il fit quand même ses débuts à l’Odéon dans des emplois de jeune premier.

A la fin des années 20 il joue dans des pièces de boulevard et débute au cinéma dans des films muets.

L’avènement du cinéma parlant révèle sa gouaille et son accent parisien.

 

Pendant la lecture de cette article,  vous pouvez retrouvez  tout le talent et la gouaille de Carette disant Crève-coeur,  un poème de Jehan Rictus extrait de son oeuvre la plus célèbre Les Soliloques du Pauvre, commencé en 1895.

Enregistrement réalisé au cabaret Le LAPIN AGILE.  (Le texte est reproduit en fin d’article).


En 1931, il apparaît dans L’Amour à l’américaine, de Claude Heymann, et Attaque nocturne, de Marc Allégret. Mais c’est l’année suivante qu’il obtient son premier grand rôle, dans un film des frères Prévert : L’Affaire est dans le sac.

 

Les frères PREVERT pierre et Jacques lui confièrent  le rôle principal dans Adieu Léonard, puis dans Bonsoir Mesdames, Bonsoir Messieurs.


 

Il devient alors un incontournable des seconds rôles du cinéma français de la décennie avec plus de soixante-dix films à son actif.

Il travaille avec des réalisateurs comme  Jean Gremillon, Jean Georgescu, Jack Forrester,   Julien Duvivier, Marco de Gastyne, pour ne citer qu’eux. Et il reprend en particulier l’un de ses rôles au théâtre pour «Le greluchon délicat» (1934) réalisé par Jean Choux, avec  Harry Baur .

Il est aussi le soldat qui, acteur dans le civil, monte un spectacle dans «La Grande Illusion» (1937) de  Jean Renoir avec Gabin, Fresnay,  Von stroheim ….

 

Il retrouve Gabin en 1938 dans la Bête Humaine adaptation du roman de Emile Zola.

 

A la libération, Carette resta un des acteurs les plus demandés du cinéma français. Il excellait à camper des silhouettes dont la cocasserie n’est pas exempte de pathétique : ainsi dans Les Portes de la Nuit, dans Premières armes, dans Une si Jolie Petite Plage.

 

Les portes de la nuit de Marcel Carné avec Reggiani, Montand, Bussières, Pierre Brasseur …..

 

Dans L’Auberge rouge (1951) de Claude Autant-Lara, aux côtés de Fernandel, Françoise Rosay, Carette y interprète un inquiétant aubergiste.

 

Carette  tourne son dernier film en 1964 aux côtés de Charles Denner, Michel Galabru et Jean Rochefort  dans «Les pieds nickelés», nouvelle adaptation au cinéma par Jean-Claude Chambon de la célèbre bande dessinée.

Puis le sympathique acteur,  (il a tourné dans plus d’une centaine de films),   prend sa retraite.

Le 20 juillet 1966, il s’endort en fumant une cigarette qui met le feu à ses vêtements et il meurt carbonisé à son domicile. Il est inhumé au Vésinet.

 

 

Gabriel Randon, dit Jehan-Rictus, né à Boulogne-sur-Mer le 23 septembre 1867 et mort à Paris le 6 novembre 1933 poète célèbre pour ses œuvres composées en langue populaire.

CREVE COEUR.

Eun’ fois j’ai cru que j’ me mariais
Par un matin d’amour et d’ Mai ;

Il l’tait Menuit quand j’ rêvais ça,
Il l’tait Menuit et j’ pionçais d’bout,
Pour m’ gourer d’ la lance et d’ la boue
Dans l’encognur’ d’eun’ port’ cochère.

(Hein quell’ santé !) — Voui, j’ me mariais
Par un matin d’amour et d’ Mai
N’avec eun’ jeuness’ qui m’aimait,
Qu’était pour moi tout seul ! ma chère !

Et ça s’ brassait à la campagne,
Loin des fortifs et loin d’ici,
Dans la salade et dans l’ persil,
Chez un bistrot qui f’sait ses magnes.

Gn’y avait eun’ tablée qu’était grande
Et su’ la nappe en damassé,
Du pain ! du vin ! des fleurs ! d’ la viande !
Bref, un gueul’ton à tout casser,

Ma colombe, selon l’usage,
Se les roulait dans la blancheur,
Et ses quinz’ berg’s et sa fraîcheur
F’sait rich’ment bien dans l’ paysage.

Et moi qu’ j’ai l’air d’un vieux corbeau,
V’là qu’ j’étais comme un d’ la noblesse,
Fringué à neuf, pétant d’ jeunesse…
Ça peut pas s’ dir’ comm’ j’étais beau !

Je r’vois l’ décor… la tab’ servie
Ma femm’ ! la verdure et l’ ciel bleu,
Un rêv’ comm’ ça, vrai, nom de Dieu !
Ça d’vrait ben durer tout’ la vie.

(Car j’étais tell’ment convaincu
Que c’ que j’ raconte était vécu
Que j’ me rapp’lais pus, l’ diab’ m’emporte,
Que je l’ vivais sous eun’ grand porte ;

J’ prenais « ma femme ! » et j’ la serrais
Pour l’Enfin Seuls obligatoire
Comm’ dans l’ chromo excitatoire
Où deux poireaux se guign’nt de près…

J’y jasais : « Bonsoir ma Pensée,
Mon lilas tremblant, mon lilas !
Ma petite Moman rosée,
Te voilà, enfin ! Te voilà !

« Quand j’étais seul, quand j’étais nu,
Crevant, crevé, sans feu ni lieu,
Loufoque, à cran, tafeur, pouilleux,
Où étais-tu ? Que faisais-tu ?

« Ah ! que d’ chagrins, que d’ jours mauvais
Sans carl’, sans bécots, sans asile,
Que d’ goujats cruels, d’imbéciles,
Si tu savais, si tu savais…

« Mais à présent tout ça est loin…
Voici mon Cœur qui chante et pleure,
Viens-t’en vite au dodo, ma Fleur !… »
(Vrai c’est pas trop tôt qu’ j’aye un coin.)

« Ohé l’ poivrot là, l’ sans probloque ?
Vous feriez pas mieux d’ cravailler
Au lieur d’êt’ là à roupiller ?
Foutez-moi l’ camp ou… gar’ le bloc ! »

Non tout’ ma vie j’ me rappell’rai
La gueul’ de cochon malhonnête
Qui s’ permettait de m’interpeller
Pass’ que j’y bouchais sa sonnette.

Alors, comm’ j’ le reluquais d’ travers
Il a sorti trois revolvers,
Deux canifs et son trousseau d’ clefs !
Et y s’a foutu à gueuler :

— « Au s’cours, à moi ! à l’aid’ ! Moman !
On m’ ratiboise ! on m’ saigne, on m’ viole…
Gn’y pas d’ pet qu’y viennent les z’agents,
Pus souvent qu’on verrait leur fiole ! »

Et moi qu’ j’allais p’t-êt arr’sauter
Et créer un beau fait-divers…
Mal réveillé d’ mon Song’ d’Été
J’ me suis ensauvé dans l’Hiver.

 

Sources :

http://www.cineartistes.com/fiche-Julien+Carette.html

http://cinema.encyclopedie.personnalites.bifi.fr/index.php?pk=47573

 

 

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