La maison de santé du docteur Belhomme

belhomme
En 1787 le médecin Jacques Belhomme installe, au 157-161 rue de Charonne, une maison de retraite et de santé  destinée aux personnes atteintes de trouble mentaux. L’établissement prospère vite. Deux ans plus tard elle compte quarante-six pensionnaires dont trente-sept fous: quelques femmes, une dizaine de provinciaux et plusieurs prêtres, dont l’un, l’abbé François-Thimotée de Lambour, qui se prenait pour un acteur célèbre, et déclamait des tragédies entières sans prendre le temps de respirer.
Le fameux Jean Ramponneau, le célèbre cabaretier du Tambour-Royal et de la Grande-Pinte, dont le cerveau était dérangé, y mourut en 1802, laissant une belle fortune à sa veuve.

Le cabaret Ramponneau.
ramponneau

Quand survint la Révolution le Dr Belhomme fut nommé capitaine de la compagnie de Popincourt. Il eut l’heureuse idée d’offrir à la section sa maison de santé pour y loger, contre paiement et sous prétexte qu’ils étaient malades, les riches suspects incarcérés dans les différentes prisons de la terreur.

Elle fut bientôt remplie par les détenus à qui leur fortune permettait de payer le prix de la pension demandé, pension très médiocre mais excessivement chère  (1000 livres par mois soit environ 10000 euros !), mais qui permettait d’échapper à la guillotine.

Le docteur était en relation avec quelques hommes puissants du nouveau régime; tandis qu’à Sainte-Pélagie, aux Madelonnettes ou à l’ Abbaye les agents de l’accusateur public venaient quotidiennement recruter des victimes,  par un privilège spécial aucun des prisonniers réfugiés chez Belhomme n’avait comparu au tribunal.

Terreur de l’An II (1793).  “Un tribunal sous la terreur”.
Gravure sur bois, 1881, de Georges Cain. 
9FK-1793-0-0-A2-1 (75923) Revolutionstribunal 1793 / G.Cain Französische Revolution: Terrorherrschaft des 'Jahres II' (1793). - 'Un tribunal sous la terreur'. - (Revolutionstribunal). Holzstich nach Gemälde, 1881, von Georges Cain (1856-1919). 23,5 x 37,5 cm. Berlin, Slg.Archiv f.Kunst & Geschichte. E: Revolutionary Tribunal / 1793 / Cain French Revolution: Reign of Terror of 'Year II' (1793). - 'Un tribunal sous la terreur'. - (Revolutionary tribunal). Woodcut based on painting, 1881, by Georges Cain (1856-1919). 23.5 x 37.5 cm. Coll. Archiv f.Kunst & Geschichte. F: 'Un tribunal sous la terreur' Révolution française : Terreur de l'An II (1793). - 'Un tribunal sous la terreur'. - Gravure sur bois d'ap. un tableau, 1881, de Georges Cain (né en 1856). 23,5 x 37,5 cm. Berlin, coll.Archiv f.Kunst & Geschichte

Belhomme aurait passé marché avec l’accusateur public, Fouquier-Tinville; celui-ci s’engageant à ne point « tracasser » les locataires de l’établissement; Belhomme. En revanche, il faisait à Touquier-Tinville une forte remise sur chacune des pensions qu’il percevait.

Les choses allaient bien tant que l’argent ne manquait pas aux prisonniers; A la fin du mois il fallait régler les comptes et fixer la pension du mois suivant. Chaque détenu qui ne payait pas était immédiatement expédié dans les prisons de la Conciergerie ou de Sainte-Pélagie qui, elles, n’étaient pas à l’abri des foudres de Fouquier-Tinville.

Antoine Fouquier-Tinville.
Fouquier-Tinville-2

Les duchesses de Choiseul et du Châtelet, n’ayant pu continuer à payer le prix de pension requis, furent impitoyablement refoulées par Belhomme sur la Conciergerie et décapitées quelques jours plus tard. Cynique Belhomme  fit remarquer que ces dames périssaient victime d’économie mal entendue ! 

Où allait l’argent ? à Belhomme c’est certain, par contre la participation de Fouquier-Tinville à cette diabolique industrie n’est pas établie. « J’ai servi mon pays avec le désintéressement d’un vrai républicain » écrivait-il à sa femme, la veille de sa comparution devant le tribunal.
Dès qu’il eut soupçon de ce qui se passait à Charonne, il diligenta une enquête. Les langues se délièrent et toute la spéculation fut dévoilée.

Belhomme fut arrêté en tant que  « suspect de concussion et d’incivisme » et ….. incarcéré dans une maison de santé rivale tenue par un de ses confrères indélicat au 35 rue de Picpus.

Le 35 rue de Picpus. Belhomme y fut incarcéré avant d’être condamné au bagne. 
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Il fut par la suite condamné à six ans de bagne. Il recouvrera la liberté en  1798.

On Ignore ce qu’il advint de sa première femme : était-elle morte? avait-elle divorcé ?
On sait qu’il se remaria en mai 1798 avec une demoiselle Agathe Chaniot. Il avait soixante ans et elle vingt deux.

Belhomme  mourut le 17 septembre en 1824 à l’âge de 87 ans.

Paris la Grande – Philippe Meyer – Le cabaret Ramponneau – Label Le chant du Monde

Sources.

Vieilles maisons Vieux papiers ***   G.LENOTRE – Librairie académique Perrin

Connaissance du vieux Paris – J. HILLAIRET – Edition Princesse.

2 réflexions au sujet de « La maison de santé du docteur Belhomme »

  1. Terrible appât du gain…
    Aucune humanité dans ces petits tours de passe-passe fondés sur le désir de se remplir les poches…
    Pour moi, ce que l’Humanité porte de plus laid et le contraire de ce qui m’anime…
    Passionnant billet que tu nous offres là avec ton talent de conteur, tu sais mettre le mot juste, l’élégance simplicité dans les phrases (ce qui est loin d’être facile) alors bravo!
    Gros bisous et à bientôt
    Cendrine

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