Les Forts des Halles et les portefaix ou porteurs

Les Forts des Halles assuraient la circulation des marchandises entre l’extérieur et les 12 pavillons Baltard  qui formaient les Halles : volailles et gibiers beurres et œufs, viandes, fruits et légumes ….. ou  le pavillon de la marée ou l’on retrouve Florent, le personnage principal du ventre de Paris de Emile Zola…

La profession était très hiérarchisée, les chefs se reconnaissaient à leur médaille en argent, tandis que les simples forts portaient une simple médaille en cuivre.

Ses membres étaient facilement identifiables grâce à leur vastes chapeaux, le coltin,  munis d’un disque de plomb qui permettaient de supporter de lourdes charges sur la tête.

 

Les conditions d’embauche des Forts des Halles étaient rigoureuses. Pour être admis dans la corporation le postulant devait remplir les conditions suivantes :

-être de nationalité française

-avoir fait son service militaire

-posséder un casier judiciaire vierge

-mesurer au minimum 1,67 mètre

-être capable de porter une charge de 200 kg sur une distance de 60 mètres

 

Georges Job dit  Claude Georgel, est né à Paris le 2 juillet 1884 (10e arrondissement),  il y est mort le 8 août 1945.  Surnommé le chantre des midinettes, il créa en 1913 l’inoubliable « Sous les ponts de Paris ».

Georgel interprète  « Tout autours des Halles », chanson écrite par Jean Rodor et Vincent Scotto en 1926 (texte intégral en fin de sujet).

Les Forts étaient considérés  comme une sorte d’aristocratie des Halles. Une tradition parisienne voulait qu’ils portent le muguet, au président de la République, au Palais de l’Elysée le matin de chaque 1er mai.

Le président René Coty et  Madame, recevant le muguet offert par les reines et Forts des Halles le 30 mars 1955.

 

Chaque année les Forts participaient au Carnaval de Paris. Chaque arrondissement avait son char.

On voit sur la photo le char du 1er arrondissement de Paris en 1907.

 

On considère généralement que les Forts seraient les créateurs, au milieu du XIXeme siècle, du fameux débardeur appelé plus tard <marcel>. Une entreprise de la ville de Roanne, les établissements Marcel, dirigés par un certain Marcel Eisenberg, mise sur ce débardeur révolutionnaire qui laisse les épaules à nu et donnent naissance à un tricot qui deviendra célèbre dans le monde entier et portera le nom de sa société créatrice…

Lors des dernières années de leur existence les forts assuraient la police et la surveillance des pavillons des Halles et étaient employés de la Préfecture de police de Paris.

 

Il ne faut pas confondre les Forts avec les porteurs ou portefaix chargé des corvées, reconnaissables à leur blouse et leur casquette.

Employés à la tâche ceux-ci étaient chargés des corvées sur le carreau, où s’effectuait la revente au détail.

 

Recrutés parmi les chômeurs et les étudiants les Porteurs avaient un statut moins privilégié que les Forts des halles (voir plus bas l’ordonnance du 6 mai 1851 concernant ce statut).

Ces porteurs donnaient régulièrement ou occasionnellement, un coup de main aux activités de déchargement des marchandises. Dans les années 1890, on comptera aux Halles de Paris jusqu’à 12 000 Porteurs.

 

 

L’ordonnance 3996, du préfet BOITTELLE datée du  6 mai 1851, permet de bien  comprendre la différence de statut entre les Forts et les porteurs. 

N° 3996. – Ordonnance concernant les porteurs aux halles et marchés.

Paru, le 6 mai 1851.

Nous, Préfet de police,

Vu : 1° l’arrêté des Consuls, du 12 messidor an VIII (1er juillet 1800);
2° Une ordonnance de police du 13 mai 1831, concernant les ouvriers des
halles et marchés ;
Considérant qu’il y a lieu de rappeler les dispositions de l’ordonnance
sus-visée, en ce qui concerne les porteurs, et d’entourer de plus de
garanties la délivrance et l’échange annuel de la médaille dont ils
doivent être pourvus pour exercer leur profession ,

Ordonnons ce qui suit : ‘

1). Les travaux relatifs au transport des marchandises vendues dans les
halles et les marchés, à l’exception de ceux qui sont réservés aux forts
et de ceux que les acquéreurs entendent effectuer par eux-mêmes ou par
des gens à gage, peuvent être faits par tout individu muni d’une
médaille de porteur aux halles et marchés.

2) Quiconque voudra exercer la profession de porteur dans les halles et
marchés devra en faire la demande à la Préfecture de police (2eme
division, 1er bureau), et produire un certificat de bonne conduite
délivré par le Commissaire de police du quartier de son domicile, sur
l’attestation de deux témoins patentés.

3. Nul ne sera admis à exercer la profession de porteur aux halles et
marchés s’il n’est âgé de 18 ans accomplis.

4. Il sera délivré à tout porteur autorisé, par l’lnspecteur général des
halles et marchés, au nom du Préfet de police : »

1° Une permission   sur papier timbré;

Une médaille sur laquelle sera gravé un numéro d’ordre relevé sur un
registre ouvert à cet effet à l’inspection générale des halles et
marchés.

Cette permission et cette médaille seront délivrées aux frais de chaque
porteur.

Il y aura deux formes de médailles de porteurs, l’une carrée, destinée
aux années dont le millésime est impair, l’autre en losange, pour les
années dont le millésime est pair. .Ces médailles seront -frappées, en
outre, chaque année, d’un poinçon particulier, pour en éviter la
contrefaçon.

5) Les médailles seront échangées chaque année, du 1er au 30 avril.

6. Pour obtenir l’ échange de sa médaille, tout porteur devra justifier au
préalable d’un domicile certain, en produisant un certificat délivré par
le Commissaire de police du lieu de sa résidence, sur l’attestation de
deux témoins patentés. Cette justification sera faite au bureau de
l’Inspection générale des halles et marchés.

7) Les porteurs aux halles ne peuvent travailler sans être munis de
leur médaille, qui devra être portée au bras droit.

Ils sont tenus, en outre, de placer à la partie supérieure de la hotte,
de la manne ou du crochet dont ils feraient usage, une plaque en métal,
peinte en couleur bleue, indicative du numéro de la médaille et conforme
au modèle déposé a l’Inspection générale des halles et marchés.

8. Il est défendu a tout individu non autorisé comme porteur aux
halles, de porter une médaille ou une plaque sur la hotte, et de quêter
le travail sur le carreau des halles.

9. Tout porteur qui cessera d’exercer sa profession devra faire la
remise de sa médaille et de sa permission, dans le délai de trois jours,
à l’Inspection générale des halles et marchés.

10. Les médailles et permissions délivrées jusqu’à ce jour devront être
échangées dans le délai d’un mois, à partir de la publication de la
présente ordonnance.

11. Toutes les fois qu’un porteur changera de domicile, il devra en
donner avis au bureau de l’Inspecteur général des Halles et Marchés.

Tout porteur qui n’aura pas rempli cette formalité sera exclu
temporairement du travail des halles et marchés.

Il pourra, suivant les circonstances, être rayé de la liste des
porteurs.

12. Les porteurs ne pourront entrer dans les halles closes où se
tiennent les marchés en gros et où le service est fait spécialement par
les forts.

Dans les marchés qui se tiennent a découvert, ils ne pourront pénétrer
dans les rangs des approvisionneurs qu’après l’ouverture des ventes.
Il leur est défendu d’aller au-devant des voitures d’approvisionnement.

13. Les contraventions aux dispositions qui précèdent seront constatées
par des procès-verbaux ou rapports qui nous seront adressés. -,

14’ La présente ordonnance sera imprimée, publiée et-affichée.
l’Inspecteur général des Halles et Marchés, le Chef de la Police
municipale, les Commissaires de police et les préposés de la Préfecture
de police sont chargés de tenir la main à son exécution.

Le préfet de police BOITTELLE.

 

 

TOUT AUTOUR DES HALLES.
Jean Rodor/Vincent Scotto.

Il est minuit et Paris en toilette
Sort des théâtr’s, cinés ou casinos,
Les uns s’en vont souper, faire la fête,
Tandis qu’ les autr’s regagnent leur dodo.
Au milieu de cette cohue,
S’mêlant aux taxis, aux autos,
Des chars pleins d’choux, d’carott’s, d’laitues
Descend’nt le long du Sébasto.
Aïe donc Cocott’ s’écrie le maraîcher,
Faut arriver les premiers au marché.

Tout autour des Halles
Lorsque descend la nuit
Le maraîcher déballe
Des légumes ; des fleurs et des fruits ;
Dans le matin pâle
Vers le ciel monte un cri,
C’est le réveil de notre Paris
Aux Halles.

Là dans un coin, c’est une pauvre fille,
Hélas pour ell’ le destin fut odieux,
Un peu plus loin c’est un homme en guenilles
Pour l’atelier on le trouva trop vieux.
Maintenant c’est un Jean Misère
F’sant tout pour pas mourir de faim,
D’un sapin il ouvr’ la portière
Courb’ le front et puis tend la main.
Aïe donc Cocott’ aïe donc s’ écrit le cocher,
L’sapin s’en va … le vieux n’a rien touché.
Tout autour des Halles
Cherchant le moindre abri,
Là sur la grande dalle
Le miséreux vient faire son nid,
Et dans la nuit pâle
Quel est ce ramassis ?

C’est la misère du grand Paris
Aux halles.

 

 

12 réflexions au sujet de « Les Forts des Halles et les portefaix ou porteurs »

  1. Bonsoir,

    Bravo pour ton article bien documenté.
    Les Halles, c’ est un endroit où je me rend régulièrement. J’y suis encore allée il n’y a pas une semaine. Je n’avais pas mon réflex avec moi mais un petit pocket, j’ai pris plusieurs images … ce quartier change de trop. J’aimais beaucoup ce qui vient d’être détruit.
    Si Doisneau était encore de ce monde , j’aimerais connaître son oeil actuellement 😀
    Bonne soirée
    Yoshimi

  2. Bonjour Gérard,
    Je prends toujours un plaisir immense à lire et à relire vos articles qui font revivre, avec ce « petit supplément d’âme », les visages de Paris.
    Les Halles ont tellement changé! Heureusement qu’il demeure ces cartes au charme tendre et suranné, ces expressions sans fard et la voix du conteur pour nous guider…
    Merci beaucoup, je me suis régalée!
    Amitiés.
    Cendrine

  3. bonjour yoshimi,

    merci pour votre visite et vos compliments. Doisneau fait partie de ces quelques personnes disparues dont on aimerait avoir le regard sur la période actuelle.

    gérard

    • bonsoir je suis fille de FORT des HALLES de PARIS Mon père a porté le grand chapeau qui était sensé les protéger Il avait porté le muguet au président de la Republique Je possède la plaque et la médaille gravée « Force et Bonté » attribuée au fort il devait lors du concours porter sur les épaules 200kg sur 60 m la longueur d’un pavillon .CDT

      • Bonjour Eliane, Mon père qui était le président du comité des fêtes des halles de Paris dans les années 50 et 60 m’a souvent emmené avec lui offrir le muguet aux différents présidents de la République ou dans les diverses réunions. J’ai bien connu les forts de cette époque, Verdier, Coco (Decottignies) et plusieurs autres dont j’ai oublié les noms. J’avais 3 ans la première fois que je suis allée à l’Elysée et le président Auriol m’avait porté dans ses bras; les forts eux-mêmes aimaient bien cette petite fille qu’ils portaient à bout de bras.
        Quel était le nom de votre père ? Je garde de cette époque de tellement bons souvenirs que peut-être nous pourrions échanger des souvenirs ou des photos.
        Ce serait gentil de me répondre. Merci.

  4. Bonjour Eliane,
    votre témoignage est très émouvant. Cette période qui m’intéresse beaucoup, restait pour moi un peu virtuelle. Votre témoignage me donne soudain l’impression d’approcher d’une réalité que je n’espérais pas. Cela donne envie d’en savoir plus sur vos souvenirs et sur les documents que vous possédez.
    amitiés
    gérard

  5. bonsoir. Toujours très intéressé par la vie de halles, je suis à la recherche d’info sur les forts découpeurs des halles. Mon père décédé en octobre 2010 en faisait parti. Ces forts étaient bouchés de métier et étaient en charge du  »débit » des carcasses. Ils étaient rattachés à la Préfecture de Police. Ils ont disparus comme les autres à la fin des halles et ont terminés leur carrière ds divers service. Sur les forts découpeurs avez vs d’autres info ?
    Merci

  6. Bonjour,
    Comme je collectionne les objets de métiers oubliés, afin de les exposer, je recherche un ancien coltin.
    Quelqu’un pourrait-il me dire où je pourrais en trouver un ou si une personne en a un à vendre, merci de m’en aviser.
    Merci d’avance,
    Didier

  7. Bonjour,
    Mon grand-père maternel, Eloi Chapouilly, a été Fort des Halles vers 1910. J’ai une photo de banquet de cette période, mais je n’ai aucune autre trace de son séjour.
    Sauriez-vous ou je pourrais m’adresser pour connaître, par exemple, à quelle date il a passé ses épreuves etc…
    Il a été rappelé sous les drapeaux pour la guerre 14/18 et il est décédé en 1920 des suites de cette guerre dans un hôpital militaire à Neuilly sur Marne.
    Pouvez-vous m’aider?
    Cordialement,
    B.BELPAIRE

    • bonsoir,

      merci pour votre visite. Mes recherches sont, pour le moment, infructueuses. J’ai juste retrouvé des infos concernant le décès de votre grand-père à Maison Blanche à Neuilly, mais rien sur les Forts. Si je trouve quelque chose je vous en fait part.

      bonsoir

      gérard

  8. Bonsoir,
    mon arrière grand-père était fort des Halles début du siècle. J’ai une photo si vous désirez agrémenter votre article mais je ne sais comment vous la faire parvenir… Je recherche aussi son décès car sa femme étant décédée peu de temps après la naissance de leur enfant, il est parti et personne ne l’a revu. Il s’appelait PAGES Gustave Gabriel.
    Bravo et merci pour l’article qui est très intéressant !
    Sylvie Capdevielle Bonnet (généalogie sur Geneanet)

  9. Bonjour je m’appelle Gaylor mege mon père faisait lui aussi partie des forts des abattoirs de Lille il a gagné le concours en 1989 je crois je ne suis pas sûr il s’appelait Pascal mege il est décédé il y a pas très longtemps j’ai des vidéos et des photos des abattoirs de Lille si cela intéresse des personnes

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