Les obsèques nationales de Victor Hugo le 1er juin 1885

Le 9 novembre 1878  Victor Hugo*  s’installe,  en compagnie de Juliette Drouet, au 130 avenue d’Eylau dans le 16eme arrondissement, dans un des trois hôtels que possédent une amie La Princesse de Lusignan. (*Photo de Victor Hugo par Nadar en 1878.)

 

Victor Hugo, locataire de la maison, admirait  l’exquise nature de l’aimable princesse.
Voici la lettre que le poète lui adressait le jour du cinquantenaire d’Hernani :  « Mes quatre-vingts ans offrent leurs respects à vos trente ans, et mes vieilles lèvres baisent vos jeunes mains ».

Le dimanche 27 février 1881, pour fêter ses 80 ans, une fête somptueuse est organisée. Elle rassemble plus de 600.000 participants.
Victor Hugo est debout à la fenêtre pour remercier la foule qui  l’acclame.

Julos Beaucarne  a mis en musique et  interprète le poème « Vieille Chanson du jeune temps » écrit par Victor Hugo. 

Né le 27 juin 1936 en BelgiqueJulos Beaucarne est chanteur, conteur, poète, comédien, écrivain et sculpteur.

 

Dans ce poème Victor Hugo évoque le lointain souvenir d’une promenade dans les bois en compagnie de Rose, une jeune fille de vingt ans, et la tristesse d’une rencontre amoureuse qui n’aura finalement pas eu lieu.

Victor Hugo  jouit alors d’une réputation considérable.
Les enfants apprennent ses poèmes à l’école. Ses anniversaires sont célébrés comme de grandes fêtes républicaines et littéraires.

La santé du vieil homme se détériore.

Le 22 mai 1885 , dans l’hôtel particulier de la princesse de Lusignan,  l’auteur des Misérables s’éteint à l’âge de 84 ans,  après Juliette Drouet décédée le 11 mai 1883.

Les autorités décrètent des funérailles nationales.

Victor Hugo est le premier écrivain français à recevoir cet hommage posthume.
Après lui quatre autres écrivains auront les honneurs des obsèques nationales : Maurice Barrès  (en 1923), Paul Valéry (en 1945), Colette (en 1954)  et Aimé Césaire (le 20 avril 2008).

A Paris, Henri Brisson,  le président du Conseil déclare :
« j’émets le voeu que le Panthéon soit rendu à sa destination primitive et que le corps de Victor Hugo y soit inhumé ».

Initialement l’inhumation de Victor Hugo doit se faire au Père-Lachaise dans le caveau familial.
Cependant, conformément au souhait du président du Conseil et suite au décret du 26 mai 1885, il sera  finalement conduit au Panthéon, la jeune Troisième République profitant de cet évènement pour retransformer l’église Sainte-Geneviéve en Panthéon.

Sont inhumés dans le caveau familial, son père le général Georges Hugo, sa mère Sophie Trébuchet, son frère  Eugène, ses fils Charles et François Victor, ses petit fils Georges Hugo et Georges Victor Hugo.

A l’étranger la nouvelle de sa mort suscite un grand émoi :
A Rome, la chambre des députés est en séance quand le télégraphe apporte la triste nouvelle.
Francesco Crispi monte à la tribune « La mort de Victor Hugo, dit-il, est un deuil, non seulement pour la France, mais encore pour le monde civilisé ».
Le président de la chambre ajoute « Le génie de Victor Hugo n’illustre pas seulement la France, il honore aussi l’humanité. La douleur de la France est commune à toutes les nations. L’Italie reconnaissante s’associe au deuil de la nation française».

Le palazzo Moncecitorio à Rome  (chambre des députés).

Le samedi 30 mai, le corps de Victor Hugo est déposé dans un immense sarcophage noir et argent décoré d’écussons où sont inscrits les titres de ses oeuvres, ainsi que son portrait porté par deux Renommées sonnant leur trompettes.

Son monumental cercueil est déposé sous l’arc de triomphe, qui est orné d’un grand voile noir.

 

C’est un long défilé du peuple, les Champs-Elysées sont envahis toute la journée et toute la nuit. Les fleurs s’amoncellent autour du catafalque.

Tableau de Georges François GUIAUD (1840 – 1893)

 

Le 1er juin, à onze heures, vingt et un coups de canons retentissent : le poète va être transféré au «repos des Grands Hommes qui honorent la Patrie», c’est à dire le Panthéon.

Le testament du poète est parfaitement clair : «Je donne cinquante mille francs aux pauvres. Je désire être porté au cimetière dans leur corbillard. Je refuse l’oraison de toutes les églises, je demande une prière à toutes les âmes. Je crois en Dieu.»

Seules deux couronnes de roses blanches au nom de ses petits-enfants ornent ce simple corbillard, noir, sans décor, tiré par deux chevaux, tandis qu’un million de parisiens émus se pressent le long du parcours, allant de l’Arc de triomphe au Panthéon.

 

 

Dorénavant la devise  « Aux grands Hommes La Patrie Reconnaissante » ne quittera plus le fronton du Panthéon.

 

 

Le tombeau de Victor Hugo au Panthéon de nos jours.

L’hôtel particulier  du 130 avenue Victor Hugo  fut détruit en 1907 pour être remplacé par un immeuble Haussmanien.

Ce superbe édifice, réalise par l’archirtecte P.Humbert , remportera un prix  lors d’un concours de façades. Au dessus du porche on peut voir le visage du père de Gavroche sculpté par Fonquergne.

 

VIEILLE CHANSON DU JEUNE TEMPS.   (Recueil : Les contemplations).

Je ne songeais pas à Rose ;
Rose au bois vint avec moi ;
Nous parlions de quelque chose,
Mais je ne sais plus de quoi.

J’étais froid comme les marbres ;
Je marchais à pas distraits ;
Je parlais des fleurs, des arbres
Son oeil semblait dire:  » Après ?  »

La rosée offrait ses perles,
Le taillis ses parasols ;
J’allais ; j’écoutais les merles,
Et Rose les rossignols.

Moi, seize ans, et l’air morose ;
Elle, vingt ; ses yeux brillaient.
Les rossignols chantaient Rose
Et les merles me sifflaient.

Rose, droite sur ses hanches,
Leva son beau bras tremblant
Pour prendre une mûre aux branches
Je ne vis pas son bras blanc.

Une eau courait, fraîche et creuse,
Sur les mousses de velours ;
Et la nature amoureuse
Dormait dans les grands bois sourds.

Rose défit sa chaussure,
Et mit, d’un air ingénu,
Son petit pied dans l’eau pure
Je ne vis pas son pied nu.

Je ne savais que lui dire ;
Je la suivais dans le bois,
La voyant parfois sourire
Et soupirer quelquefois.

Je ne vis qu’elle était belle
Qu’en sortant des grands bois sourds.
 » Soit ; n’y pensons plus !  » dit-elle.
Depuis, j’y pense toujours.

VICTOR HUGO.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

9 réflexions au sujet de « Les obsèques nationales de Victor Hugo le 1er juin 1885 »

  1. Bonjour Gérard,
    Votre article est passionnant! Vous rendez brillamment hommage à cet écrivain « sacré » qui a enchanté le monde littéraire et nos coeurs d’adultes et d’enfants.
    J’ai souvent dans la tête les vers de « Demain dès l’aube » qui m’ont bouleversée depuis ma première lecture.
    C’est un bonheur constamment renouvelé de lire vos écrits . Je vous souhaite un excellent dimanche. Mes amitiés.
    Cendrine

      • Les obsèques nationales ne font pas l’objet de règles précises en France.

        Sous la Cinquième République, les obsèques nationales relèvent d’un décret du président de la République dont l’application est à la charge du Premier ministre. Les frais de cet hommage posthume sont pris en charge par l’État. Il peut également être décidé que le corps du défunt puisse être transféré au Panthéon de Paris.

        Les présidents de la Cinquième République n’ont pas fait l’objet d’obsèques nationales mais d’un deuil national.

  2. Bonsoir Gérard,
    Je reviens lire votre très bel article et apprécier les photos et les portraits qui l’accompagnent.
    Merci pour ce délicat travail, fort bien documenté!
    Je vous souhaite une excellente soirée. Mes amitiés.
    Cendrine

  3. Ping : et voilà .. tout commence …. …

  4. Pour compléter un peu cet excellent article, voici la description (assez truculente ill faut bien le dire) que donne un témoin oculaire (et, à l’époque, ami de la famille Hugo) de l’exposition du catafalque sous l’Arc de Triomphe:
    « Sur la place de l’Étoile, les deux nuits suivantes, la profanation devait être pire. Le catafalque reposait sous l’Arc, gardé par des municipaux à cheval et par des sergents de ville. L’intérieur d’un pilier avait été réservé à la famille. Lockroy, éliminant la parenté directe, notamment Georges Hugo, recevait, en habit et cravate blanche, les députés, sénateurs, conseillers municipaux et journalistes qui se bousculaient dans l’étroit escalier. Sa grande préoccupation était que Vacquerie et Meurice, au jour des funérailles et du transfert au Panthéon, ne figurassent point à part, à une place d’honneur. Il les eût voulu mêlés au reste du cortège, confondus dans la foule, car il leur portait une haine solide, dont j’ai su depuis les raisons. Il désirait surtout apparaître comme l’ordonnateur, le grand organisateur d’une cérémonie qui devait être, dans l’esprit des politiciens, le type des solennelles pompes laïques de l’avenir. On répétait : « Le peuple aime les fêtes. Il faut que la démocratie lui donne de belles fêtes. » Celle-ci, comme les autres, dégénéra en chienlit.

    Je ne me rappelle plus quel était alors le préfet de police. Car je néglige volontairement, pour ces souvenirs, de consulter les documents de l’époque. Fatalement ils fausseraient les empreintes de ma mémoire. Toujours est-il que ce préfet, déconcerté sans doute par la nouveauté des circonstances, perdit la tête. Une consigne de mollesse permit aux apaches, qui s’étaient donné rendez-vous là, de mener impunément leur ignoble saturnale. Ils gobelottaient par groupes, avec leurs compagnes débraillées, à quelques pas du catafalque, sous l’œil bienveillant des gardiens de la paix. Une lie de salons, de cercles, et de cabarets de nuit s’était jointe à cette lie du ruisseau. Les messieurs et leurs dames voisinaient avec les poteaux et les gonzesses, leur passaient des bouteilles, chantaient avec eux des refrains obscènes, se disputaient, hoquetaient, s’embrassaient, vomissaient. La fraternité des grandes soirées révolutionnaires devait ressembler à cela. Les admirateurs de Hugo, écœurés, avaient abandonné la place à cette sarabande, qui fut une honte nationale. »
    Léon Daudet, Souvenirs des milieux littéraires, politiques, artistiques et médicaux.
    Le Meurice dont il est fait mention est Paul Meurice (1818-1905), romancier, dramaturge et ami de Victor Hugo.

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