Mademoiselle Mimi Pinson, profil de Grisette

Avec ce conte paru en 1845 Alfred de Musset aborde  le thème de la grisette qui est alors une figure de la vie parisienne. Une  Grisette est une jeune fille de basse condition, coquette et galante, ainsi nommée parce qu’autrefois les filles de petite condition portaient de la grisette (étoffe grise de peu de valeur).

Portrait de Musset (1810-1857) par Charles Landelle.

Voici un résumé du conte de Alfred de Musset,   Mimi Pinson  :

Deux étudiants en médecine à Paris, Eugène et Marcel, sont amis malgré leurs caractères opposés. Eugène est timide, travailleur et chaste, Marcel, plus âgé, est un bon vivant, chahuteur et insouciant. Eugène ne sort jamais et passe son temps à rêver, Marcel mène une vie de bohème, le soir, dans les cafés à la mode et les théâtres. Bientôt, grâce à la conspiration de ses amis, Eugène est amené à rencontrer des jolies grisettes, rieuses, insouciantes et frivoles.

Il est surtout attiré par l’une d’elles, Mimi Pinson, qui chante comme l’oiseau. Ce sont des petites mains qui travaillent pour les grands couturiers. Elles sont pauvres , mais elles sont fières, font toujours bonne figure et sont toujours prêtes à chanter et à danser.

Un  soir  où Marcel  organise une grande fête : on chante, on boit, on rit. Mimi casse une assiette et, en se servant des morceaux comme de castagnettes, chante sa fameuse chanson, la chanson de Mimi Pinson. On se sépare au matin.

Dans son conte, Musset fait chanter à Mimi Pinson son célèbre poème; en voici une version (texte intégral en fin d’article).

Eugène, en rentrant chez lui, tombe sur une amie de Mimi qui se traîne dans la rue et semble bien malade. Il l’aide à rentrer chez elle et ouvre la lettre qu’elle lui a demandé de poster à sa place. Il découvre qu’elle y demande l’aumône à un certain baron.

Elle n’a même plus de quoi se nourrir et meurt de faim. En secret, Eugène lui fait remettre de la nourriture et emprunte de l’argent à un usurier pour aider la pauvre fille.

Chez le barbier devenu usurier, il aperçoit la robe de Mimi, celle de la chanson, qu’elle vient de mettre en gage. Il la croise dans la rue, elle n’est vêtue que d’un jupon et d’un vieux rideau lui servant de châle. Emus, les deux amis, Marcel et Eugène, rachètent sa robe qu’elle remet aussitôt pour aller secourir son amie.

Les étudiants la quittent pour suivre leurs cours mais le soir, en passant devant le célèbre café Tortoni , ils surprennent les deux jeunes filles assises à la terrasse et riant  aux éclats. Eugène est épouvanté devant une telle insouciance mais Marcel termine le conte sur ces paroles :

« Je t’en prie, quand tu diras du mal des grisettes, fais une exception pour la petite Pinson. Elle nous a conté une histoire à souper, elle a engagé sa robe pour quatre francs, elle s’est fait un châle avec un rideau ; et qui dit ce qu’il sait, qui donne ce qu’il a, qui fait ce qu’il peut, n’est pas obligé à davantage. »

 

Pour venir en aide à son amie Rougette malade , c’est sa robe, son seul bien, que Mimi Pinson mettra en gage.

 

« La Grisette de 1830 » statue de Jean-Bernard Descomps (1872-1948) square Jules Ferry dans le onzième arrondissement.

 

Maurice Utrillo , la maison de Mimi Pinson à Montmartre, sous la neige.

 

La modeste maison, attribuée par la légende à Mimi Pinson, était  située rue du Mont Cenis, elle fut détruite en 1925.

 

 

Très préoccupé par les questions sociales le compositeur Gustave Charpentier fonde, en 1902, le  Conservatoire populaire de Mimi Pinson. Le projet était d’éduquer les jeunes ouvrières  parisiennes à la danse, à la musique, au chant, à la récitation… et de les soustraire à la vie  misérable, à l’alcool, à la prostitution dans lequel se perdait alors un grand nombre.

Pour participer  à ces cours gratuits, il fallait simplement présenter son contrat de travail !

 

 

–  En 1966,  Georges Brassens (1921-1981) évoque Mimi-Pinson  dans  « Supplique pour être enterré sur la plage de Séte »,  son onzième album.


« Quand mon âme aura pris son vol à l’horizon,
Vers celles de Gavroche et de Mimi Pinson
Celles des Titis, des Grisettes,
Que vers le sol natal, mon corps soit ramené
Dans un sleeping du Paris – Méditerranée,
Terminus en gare de Sète ….. »

Georges cite Mimi  dans une autre chanson, moins connue : « Honte à qui peut chanter » (Il s’agit de la reprise aménagée d’un poème de Lamartine qui porte le même titre) .
Brassens  ne l’a jamais chanté, mais Maxime Leforestier l’interprète superbement.

« Honte à cet effronté qui peut chanter pendant
Que Rome brûle, elle brûle tout le temps
Honte à qui malgré tout fredonne des chansons
A Gavroche, à Mimi Pinson …… ».

 

–  C’est avec la chanson intitulée  « Rentre Mimi » que  le chanteur nordiste  Raoul de Godewarsvelde (1928-1977)  rend hommage  à Mimi pinson.

 


« Gamin d’ Paris, minois joli
C’était une petite ouvrière
Mimi Pinson était son nom
Elle vivait seule avec sa mère
Chaque soir, en rentrant de son atelier
Il fallait la voir trottiner
Car la p’tite songeait, tout en se dépêchant,
Aux conseils donnés par sa maman …………… »

Paroles: Ferdinand-Louis Bénech. Musique: Désiré Berniaux

 

– En 1957,  Francis Lemarque  (1917-2002) compose, avec Michel Elmer,  la bande sonore du film de Robert Darene « Mimi Pinson ».

« C’est le coeur de Mimi Pinson
Qui bat,  dans cette chanson
Et toi,  toi qui l’entendras
Tu souriras, que son bonheur
Est plus frais, qu’un bouquet
De blanc muguet
Que l’on cueille en mai ……………… »

 

L’affiche  réalisée par Peynet.

 

La comédienne Dany Robin est une Mimi Pinson très crédible.

 

 

–  Le poème de Alfred  de Musset à également inspiré une opérette en 3 actes (1915)  « La Cocarde de Mimi-Pinson » avec un livret de Maurice Ordonneau et Francis Gally  et une musique de Henri Goublier fils.

 

 

LA CHANSON DE MIMI PINSON de Alfred de Musset (1845).

Mimi Pinson est une blonde,
Une blonde que l’on connaît.
Elle n’a qu’une robe au monde,
Landerirette !
Et qu’un bonnet.
Le Grand Turc en a davantage.
Dieu voulut de cette façon
La rendre sage.
On ne peut pas la mettre en gage,
La robe de Mimi Pinson.

Mimi Pinson porte une rose,
Une rose blanche au côté.
Cette fleur dans son coeur éclose,
Landerirette !
C’est la gaieté.
Quand un bon souper la réveille,
Elle fait sortir la chanson
De la bouteille.
Parfois il penche sur l’oreille,
Le bonnet de Mimi Pinson.

Elle a les yeux et la main prestes.
Les carabins, matin et soir,
Usent les manches de leurs vestes,
Landerirette !
A son comptoir.
Quoique sans maltraiter personne,
Mimi leur fait mieux la leçon
Qu’à la Sorbonne.
Il ne faut pas qu’on la chiffonne,
La robe de Mimi Pinson.

Mimi Pinson peut rester fille,
Si Dieu le veut, c’est dans son droit.
Elle aura toujours son aiguille,
Landerirette !
Au bout du doigt.
Pour entreprendre sa conquête,
Ce n’est pas tout qu’un beau garçon :
Faut être honnête ;
Car il n’est pas loin de sa tête,
Le bonnet de Mimi Pinson.

D’un gros bouquet de fleurs d’orange
Si l’amour veut la couronner,
Elle a quelque chose en échange,
Landerirette !
A lui donner.
Ce n’est pas, on se l’imagine,
Un manteau sur un écusson
Fourré d’hermine ;
C’est l’étui d’une perle fine,
La robe de Mimi Pinson.

Mimi n’a pas l’âme vulgaire,
Mais son coeur est républicain :
Aux trois jours elle a fait la guerre,
Landerirette !
En casaquin.
A défaut d’une hallebarde,
On l’a vue avec son poinçon
Monter la garde.
Heureux qui mettra sa cocarde
Au bonnet de Mimi Pinson !

 

7 réflexions au sujet de « Mademoiselle Mimi Pinson, profil de Grisette »

  1. Bonsoir Gérard, magnifique article fort bien travaillé, comme à l’accoutumée. Comment ne pas être émus par cette grisette, émanation de la douleur et de la complexité de la condition féminine mais dont le nom et le talent sont une ode à l’espérance qui s’incarne dans une envolée, celle des notes et des trilles sensibles…
    Je te souhaite plein de belles choses ainsi qu’à tes proches, je retrouve l’usage du réseau, de l’ordinateur et je m’en réjouis. Gros bisous et à très bientôt. Cendrine

  2. J’ai photographié il y a quelques jours, en passant, cette grisette qui m’avait émue et ne savais exactement dans quel square elle se trouvait… J’ai donc cherché en rentrant chez moi (dans le Maine-et-Loire, Paris est à nouveau bien loin…) et quel n’a pas été mon plaisir de tomber sur votre blog tellement bien documenté et esthétique. Un livre de coeur qui m’a été transmis par ma mère (ex-petite-vendeuse à Paris et qui côtoyait les petites-mains), est L’atelier de Marie-Claire, de Marguerite Audoux, l’histoire d’une de ces grisettes…
    Merci pour cette lecture qui m’entraîne vers les autres pages de votre travail… M. Claire Andrieux.

  3. Bonjour,

    Je collectionne les flacons de parfum des années 1900 et je souhaitais savoir l’origine de Mimi Pinson. Grâce à vous j’en ai une idée très précise, merci pour ce joli reportage. Je peux vous prêter l’image du flacon, si vous le souhaitez. Cordialement.
    Véronique.

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