Métro Charonne, la tragique manifestation du 8 février 1962

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Le 8 février 1962, 20 000 personnes participent à Paris à une manifestation contre les attentats de l’OAS et pour la paix en Algérie. A l’issue de ce défilé pacifique, les forces de l’ordre chargent les manifestants aux abords de la station de métro Charonne (11e). Un déchaînement de violences policières qui fera neuf morts et plus de 250 blessés.

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Cinq jours plus tard, le 13 février, tandis qu’une grève générale de protestation et de solidarité avec les familles des victimes paralyse le pays, 500 000 personnes suivent les obsèques des victimes de Charonne.

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Depuis l’automne 1954, la France est en guerre en Algérie, colonisé depuis 1830.

Devant l’ampleur de la crise, le général de Gaulle a été rappelé au pouvoir en juin 1958. D’abord favorable à la guerre, l’opinion publique a progressivement changé d’avis, après l’envoi de soldats du contingent en Algérie.

 

DANIEL FÉRY  –  Apprenti imprimeur2

 

En janvier 1961, un référendum sur l’autodétermination révèle que la population française est favorable à l’indépendance et à la fin de la guerre : il recueille 75 % de « oui ».

L’indépendance de l’Algérie ne fait plus de doute, mais ses modalités et son échéance ne sont pas encore très claires.

 

FANNY DEWERPE   –   Sténodactylographe3

 

Au cours de l’année 1961, les tensions restent très vives. L’OAS, un mouvement de farouches partisans de l’Algérie française, multiplie les attentats, tant en Algérie qu’en métropole.

 

ANNE GODEAU   –  Agent d’exploitation aux PTT4

 

Le 8 février 1962, le PC, le PSU, les Jeunesses socialistes et les principaux syndicats appellent à une manifestation de « défense républicaine » protestant contre la vague d’attentats OAS qui secoue la France (180 plasticages en janvier-février) et contre la guerre d’Algérie.

 

MAURICE POCHARD  –  Responsable de l’association FRANCE-URSS5

 

Lors de la manifestation, les heurts avec les forces de l’ordre, nombreux et violents, débouchent sur un drame.

 

HYPPOLITE PINA   –   Maçon6

Après l’ordre de dispersion, paniqués par les charges policières, des manifestants cherchent à se réfugier au métro Charonne, boulevard Voltaire. Mais leurs corps sont écrasés contre les grilles à demi fermées de la station tandis que « les policiers tapent dans le tas à coup de « bidule » matraque en bois longue (souvent en acajou de près d’un mètre).

 

SUZANNE MARTORELL   –   Employé à l’Humanité7

 

On relève 9 morts  et plusieurs dizaines de blessés.

Le choc est considérable. Charonne entre « ce soir-là dans les lieux sacrés de la mémoire collective, comme jadis la rue Transnonain ou le mur des Fédérés » (Michel Winock, « Une paix sanglante »).

 

RAYMOND WINTGENS   –   Imprimeur typographe  10

 

Pourquoi a-t-on fait charger une foule désarmée peu après que l’ordre de dispersion a été donné ?

 

ÉDOUARD LEMARCHAND   –   Menuisier8

 

A l’époque, les responsabilités de l’affrontement sont aussitôt controversées.

Dans un premier temps le ministre de l’Intérieur Roger Frey et Maurice Papon (préfet de police de Paris) reprochent aux dirigeants du PCF d’avoir joué le jeu de l’OAS  avant d’accuser l’organisation de l’armée secrète, l’OAS, sur la foi d’un document saisi dans ses archives, d’avoir monté une « opération provocation ».

 

JEAN-PIERRE BERNARD    –    Dessinateur aux PTT9

 

Dès le lendemain des obsèques des victimes de Charonne, le général de Gaulle décide de la reprise des négociations avec le GPRA  (Gouvernement Provisoire du Peuple Algérien) qui aboutiront aux accords d’Évian reconnaissant l’indépendance de l’Algérie.

Le 19 mars c’est le cessez-le-feu.

L’Algérie obtiendra l’indépendance  le 18 mars 1962.

 

Paroles de la chanson « Je t’attends à Charonne » de Leny Escudéro.

L’automne va mourir
Et l’on entend déjà
Le printemps refleurir
Aux branches des lilas
C’est une éternité
Quand on est amoureux
Tu verras mille étés 
Éclabousser ses yeux
C’est aujourd’hui l’hiver
Et c’est encore printemps
La nature est au vert
Lorsque l’on a vingt ans

Marie, ô Marie, je t’aime
Tu es mon premier baptême
Marie, que l’amour me pardonne
On m’appelle à Charonne

On l’appelle à Charonne
Et moi je reste là

Ni Dieu ni la Madone
N’ont plus d’amour que moi
Ça me brûle le cœur
D’une douleur si tendre
Que c’est encore bonheur
Pour moi que de t’attendre
Je t’attends, je t’attends
Comme l’oiseau qui mourut
D’attendre le printemps
Où il l’avait connue

Marie, ô Marie, je t’aime
Tu es mon premier baptême
Marie, que l’amour me pardonne
J’ai si peur à Charonne

Il a peur à Charonne
Mon Dieu, prends-lui la main
Pour venir de Charonne
Il est long le chemin
Quelle est cette rumeur
Venue du fond des temps ?
J’ai si froid, j’ai si peur
Daniel, oh ! Reviens-t’en
Y a notre vie à nous
Qui dort dedans mon ventre
Les fleurs s’ mettent à genoux
Les fleurs te disent « Rentre »

Marie, ô Marie, je t’aime
Tu es mon dernier baptême
Marie, que l’amour me pardonne
Je t’attends à Charonne

 

Sources.

Les photos des neufs victimes ont été prises à Champigny sur marne  avenue Jean Jaurès dans le jardin situé face à la mairie.

INA.FR

www.caminteresse.fr

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une réflexion au sujet de « Métro Charonne, la tragique manifestation du 8 février 1962 »

  1. Terrible et passionnant récit d’une sombre et sale page de notre histoire…
    Quand on voit ces vissages, on est écoeuré et on se répète que l’être humain, pourtant capable de si belles choses est aussi hélas, une créature enragée…
    Pauvres infortunés! Et cet immonde Papon… J’étais à Bordeaux quand on nous rebattait les oreilles avec son simulacre de procès… Je ne sais où est l’âme de ce monsieur aujourd’hui mais en tous cas, il a bien des choses à expier!
    Merci pour ce travail profondément humain Gérard
    Gros bisous et pensées d’amitié
    Cendrine

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