Paris 1943: l’exécution d’une « faiseuse d’ange »

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Paris, prison de la Petite Roquette le 30 juillet 1943 :  il est cinq heures du matin, un gardien ouvre la porte de la cellule de Marie-Louise Giraud.  La condamnée sommeillait, mais ne dormait pas.

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On la « prépare ». Personne ne parle. On l’extrait de son dernier logis pour la conduire jusqu’à l’endroit ou elle sera guillotinée, à l’extérieur de la prison.

Une cellule de la Petite Roquette.
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A côté de la guillotine, ouvert, un panier en osier. Tout va très vite. Les mains attachées derrière le dos, le corps est presque jeté à plat ventre.On entend un bruit sourd, le corps  bascule dans le panier.

En une seconde, le 30 juillet 1943 à 5 H 25, une vie a été tranchée.

Les condamnés était guillotinés devant l’entrée de la prison de La petite Roquette ou la Grande Roquette comme sur la photo.
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Marie-Louise Giraud, née 17 novembre 1903 en Normandie à  Barneville, est issue d’une famille pauvre. Elle fut mariée à un marin, dont elle eut deux enfants. Elle a été successivement domestique, femme de ménage, puis blanchisseuse.

Elle a été condamnée à mort pour avoir aidé, moyennant finance, vingt six femmes à avorter dans la région de Cherbourg.

Pour les dignitaires de Vichy, les « faiseuses d’anges » violaient le slogan « Travail, Famille, Patrie ». Pour justifier leur décision, les magistrats ont stigmatisé « l’ignoble besogne » de Marie-Louise et « sa conduite et sa moralité des plus mauvaises » car à « aucun moment elle n’a manifesté de regrets sincères pour les actes répugnants qu’elle avait commis ».

Seule une grâce peut sauver la vie de l’accusée.

Le maréchal Pétain la refuse alors que son gouvernement livre des milliers d’enfants à l’occupant nazi . (11.000 enfants, ont été déportés de France. Quelque 2.500 seulement ont survécu).

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LA LOI DE 1920.

La France est sortie meurtrie de la Guerre de 14-18. 1,5 millions d’hommes jeunes sont restés sur les champs de bataille, autant sont revenus diminués par des blessures lourdes.  A cela s’ajoute les effets de la grippe espagnole.

L’élan démographique de la France est brisé.

Le législateur, soucieux de relancer la croissance démographique et imprégné d’une morale chrétienne, n’envisage qu’une voie répressive : la loi de 1920 interdit tout recours aux méthodes contraceptives, assimile l’avortement à un infanticide passible de la cour d’assise.

En 1923 le délit d’avortement est renvoyé des assises, dont les jurés populaires se montrent trop cléments, aux tribunaux correctionnels.
En 1939, la répression est renforcée puis en 1942, le régime de Vichy fait de l’avortement un crime d’état.

 

Antoine est célèbre pour ses fameuses Élucubrations. En 1966, sur son premier disque  on trouve aussi une chanson dénonçant la loi de 1920.

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Il a fallut attendre le 17 janvier 1975, et la loi dite Veil, pour que soit voté la loi encadrant une dépénalisation de l’avortement en France.

 

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Dans le contexte de la guerre, l’exécution passe inaperçue; elle fut finalement rendue célèbre en 1988 par Claude Chabrol dans son film « Une affaire de femmes », adapté du livre de l’avocat Francis Szpiner, dans lequel Isabelle Huppert  interprète le rôle principal.

 

♪ La Loi De 1920 ♪  Antoine  en 1966

Elle habite avec ses 9 enfants
De biais ce n’est pas même un appartement
Le mari on ne le voit pas souvent
Et pourtant
On leur a appris à fonder une famille
Faire autrement leur serait difficile
Au mariage c’était le seul but dans la vie
Et pourtant
Chaque année un autre enfant naissait
Comment auraient-ils pu l’éviter
Il y a 365 nuits dans une année
Et pourtant
L’aîné aura peut-être quelque instruction
Pour les autres il n’en est pas question
Manger ça ne leur arrive pas souvent
Et pourtant
Il y a longtemps que leur taudis est classé
Assise folle elle s’est mise à penser
Elle n’en peut plus, ça ne peut plus durer
Et pourtant
Dans un coin il y a un fourneau
L’évier est mort, on leur a coupé l’eau
Elle s’approche du feu la folie sur la peau
Et pourtant
Il suffit de tourner un robinet
Sa main tremble, les enfants dorment à coté
Ils ne se sont plus jamais réveillés
Et pourtant
On aurait dû penser pourtant
On aurait pu penser pourtant
Penser à revoir enfin la loi de 1920
La loi de 1920…….

 

 

Sources.

http://www.greffiernoir.com

http://lacontrehistoire.over-blog.com

https://www.ac-grenoble.fr/lycee

4 réflexions au sujet de « Paris 1943: l’exécution d’une « faiseuse d’ange » »

  1. C’est absolument terrible, c’est si tragique et révoltant de voir que pendant si longtemps (et ça existe encore dans certains pays) la femme n’est apparue que comme une génitrice, la femme ne pouvait pas avoir de droits sur son propre corps, juste bonne à engendrer, à se faire saillir pour mettre au monde des enfants!
    C’est une négation totale de ce qu’est une femme mais aussi un être humain car l’homme ne sort pas grandi de ce genre d’affaires… Un patriarcat abject, la vision de rapports hommes femmes qui me dégoûte profondément…
    Chacun et en l’occurrence chacune doit pouvoir choisir ce qui se passe en elle…
    Le destin de cette femme est vraiment terrible, à l’instar des « sorcières » que l’on exécutait jadis…
    Fort bien documente ton article, bravo et un thème courageux!
    Merci Gérard, gros bisous d’amitié
    Cendrine

  2. On est toujours surpris par la condition réservée aux femmes, dans tous les domaines. Le vote ou la possibilité d’avoir un carnet de chèques sont des droits octroyés seulement après guerre.
    bisous
    gérard

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