Paris année 1684 : L’incroyable fait divers de la rue Courtalon

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En 1684, dans le quartier des Halles, la rue Courtalon est le théâtre d’un fait divers retentissant.

Au centre de Paris, en l’espace de quelques mois, on signale la disparition de 26 jeunes gens âgés de 17 à 25 ans. (photo Jan Clod.site du Routard Paris).

Les hypothèses les plus farfelues circulent dans une population affolée. Pour certains une princesse souffrant d’une maladie de foie prendrait des bains de sang humain. Pour d’autres les victimes sont enlevées par des Juifs dans le seul but de crucifier des chrétiens.

L’affaire fait grand bruit et arrive aux oreilles de Louis XIV…..  qui tire celles de la Reynie, alors premier lieutenant général de  police de Paris.

La Reynie craint la disgrâce et confie l’enquête au policier Lecoq son meilleur limier.

Gabriel-Nicolas de La Reynie (16725-1709). Lieutenant Général de la Police.

Gabriel-Nicolas_de_la_Reynie

 

Il se trouve que Lecoq a un fils  qui à  l’âge des disparus; il lui propose  de jouer le rôle d’appât. Le garçon est si vif et intelligent qu’on la surnommé dans son quartier, l’Eveillé.

Le soir même l’Eveillé  s’habille en grande toilette, met un collier d’or autour de son cou,  suspend deux montres à ses goussets, et s’en va par les ruelles, faisant sonner une bourse pleine d’écus.

Quatre jours se passent sans aucun résultat. C’est aux tuileries, le cinquième jour, que le jeune homme aperçoit une jeune fille d’une grande beauté accompagnée de sa duègne. Il engage la conversation, on lui répond de manière encourageante.

 

CARTE TUILERIES

 

Après une heure d’aimable discussion la vieille femme prend à l’écart le  fils Lecoq ; elle lui raconte que la jeune demoiselle est la fille naturelle d’un prince polonais et d’une mercière de la rue Saint-Denis; que son père, rappelé par le roi de Pologne, est mort en route assassiné par des brigands; que sa fortune – immense – est restée à sa protégée.

Après s’être informée sur la fortune du jeune homme, la duègne lui propose de le présenter à la mère de la <princesse>.

Alerté , l’Eveillée se fait passer pour le fils d’un riche médecin et  rendez-vous est pris pour  le soir, même à 21 heures devant l’église Saint-Germain-l’Auxerrois.

« je vous attendrai devant l’église. Je vous conduirai chez elle, où vous pourrez faire plus ample connaissance ».

 

12811

 

Le jeune homme prévient son père, et à l’heure dite file à son rendez-vous.

Le soir la vieille femme est là, elle lui saisit la main et l’entraîne après mille détours -suivie discrètement par Lecoq et ses agents- rue Courtalon.

Elle introduit le garçon auprès de la jeune fille qui se fait appeler la princesse Jabirowska.

La « princesse » apparaît, vêtue d’un fantastique déshabillé. Subjugué par l’irrésistible jeune fille le jeune homme en oublie sa mission.

Après un certain temps elle lui dit : « Attends moi un instant ».

Et elle disparaît dans un bruissement de soie par une porte au fond.

Ce moment de répit permet à Léveillé de reprendre ses esprits.

Un paravent  attire son attention. Il l’écarte et il découvre dans l’armoire qu’il cachait les têtes momifiées de jeunes gens.

Au même moment la fenêtre s’ouvre brusquement et le père Lecoq suivi de ses agents entre dans la pièce. Il était temps : la fausse princesse revenait avec quatre hommes armés. Les bandits furent désarmés, arrêtés et conduit au Grand Châtelet.

 

Le Grand Châtelet de Paris.

Grand_Châtelet

 

L’interrogatoire mené par la police permet de comprendre le macabre stratagème :

Une bande utilisait les charmes d’une belle anglaise pour attirer les jeunes gens rue Courtalon. Des complices les trucidaient puis revendaient les têtes embaumés en Allemagne pour des études anatomiques. Quant aux corps, on les vendait à des étudiants en médecine.

La fausse princesse, la duègne et leurs complices furent jugés et pendus.

Toutefois, un doute subsiste concernant le sort de la belle criminelle.

Quelques jours après son arrestation, un mystérieux personnage masqué l’aurait extirpé de la prison du Châtelet.

On a revu la fausse princesse dans une soirée que donnait Monsieur, frère du roi, dans un pavillon de chasse.

Le lendemain matin elle se sauvait par la fenêtre de sa chambre.

On ne l’a jamais revue.

 

 

 

Source. 

-Guide du Paris des faits-divers. Rémi Gardebled, Valérie Mauro, Serge Gard. Editions du     Cherche-Midi.

-Enigmes, Légendes et Mystères du Vieux Paris , Patrick Hemmler. Editions Jean-Paul Gisserot.

– Le blog d’henri Gougaud – www.henrigougaud.fr

8 réflexions au sujet de « Paris année 1684 : L’incroyable fait divers de la rue Courtalon »

  1. Une histoire passionnante! Je me voyais, petite souris, soulevant le voile du mystère et plongeant dans les méandres de l’histoire criminelle de Paris.
    Tous les ingrédients sont réunis pour concocter un thriller des plus denses. Une pensée pour les malheureux victimes de « fièvre amoureuse ». Souhaitons que leurs derniers instants aient été si agréables qu’ils aient pu en fixer le souvenir.
    Bravo pour votre article, j’ai été suspendue de bout en bout. On ne peut que spéculer sur ce qu’il est advenu de cette vénéneuse tentatrice…
    Grosses bises Gérard, excellente soirée
    Cendrine

  2. c’est vrai que nous habitions au 2 rue courtalon, ou nous avions emménagés en 1948
    et que passé minuit nous entendions des bruits bizarres et quelquefois nous avions l’impression que quelqu’un cassait la vaisselle.
    mais nous étions très heureux dans ce quartier bruyants et très actif

  3. A lire aussi « Au nom du roi » de Annie Jay (romans historiques)
    Livre de Poche Jeunesse.
    L’histoire d’Exupère Lecoq (fils de Benoit Lecoq-Police du Châtelet) lui a été transmise par Jacques Peuchet, archiviste en chef de la préfecture de Police de Paris de 1817 à 1825.
    Cependant, les archives de la Préfecture de Police ayant brûlé en partie en 1871, l’auteur n’a pu trouver trace des exploits du jeune homme.
    Elle nous raconte donc, très librement, les aventures de celui que les policiers du Châtelet avait surnomé l’Eveillé…
    Ma fille (16 ans) a donc découvert La comtesse de La Fayette, Mme de Sévigné et sa fille chérie, un livre qui nous permet de revoir les classiques du XVII ( la corneille boit l’eau près de la fontaine où la bruyère prend racine).

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