Le 27 septembre 1911, un autobus plonge dans la Seine

Le mercredi 27 septembre 1911, à 16 heures 40, l’autobus n° 205 de la ligne Jardin des Plantes – square des Batignolles, qui venait du quai de la Tournelle,  brise le parapet du pont de l’archevêché avant de plonger dans la Seine.

L’autobus transportait une vingtaine de passagers. Cet accident fut le plus meurtrier de l’histoire des autobus parisiens, tuant 11 passagers et en blessant 9 autres.

Le conducteur ou wattman aperçut un autre autobus arrivant en sens inverse. Craignant une collision, il donna un violent coup de volant à droite; la machine fit une embardée, monta sur le trottoir, alla butter contre le parapet de fer qui céda sur une longueur de 5 mètres et fut précipitée dans le fleuve où,  après avoir fait un tour complet sur elle-même, elle s’engloutit au pied de la première pile, avec tous ses voyageurs le wattman et le receveur.

Le pont construit en 1828 et qui est le plus étroit de la Capitale devait être reconstruit en 1910 pour faciliter la circulation fluviale. Mais rien ne fut fait.

 

Seul, un voyageur de 1ére classe, qui avait vu la manoeuvre, réussit à sortir par une des fenêtres ouvertes et pendant que l’autobus effectuait son effroyable plongeon, il restait accroché au parapet.

Ce voyageur,  Albert Cormenier représentant d’une maison de couleurs à Montreuil-sous-bois, sortait de chez un client et allait chercher sa femme à la gare d’Orsay.  Celle-ci maman  d’un charmant petit enfant et en attente d’un heureux événement fut prise d’une véritable crise de nerfs quand une personne zélée vint  lui annoncer que son mari se trouvait dans l’autobus noyé.

Sur ces entrefaites monsieur rentra chez lui , ce qui acheva de calmer les si légitimes appréhensions que pouvait éprouver un coeur d’épouse.

 

 

Deux  hommes se comportèrent en véritable héros lors de ce terrible accident: 

ANTOINE RICHARD.

Un homme en noir surnage, il s’agit de l’abbé Antoine Richard, professeur à l’Institution Lamartine à Belley, en vacances à Paris.

Dans une pharmacie du boulevard Saint-Germain, ou il reçoit des soins, l’abbé témoigne:  j’étais assis sur la banquette voisine du compartiment de 1ere classe, nous venions d’arriver sur le pont de l’Archevêché, lorsque une brusque secousse projeta les voyageurs les uns sur les autres. Puis ce fut le plongeon.

Dans l’eau je me mis à nager cherchant une issue, un passager s’accrocha à moi. Je réussis à me hisser avec mon fardeau sur le toit de l’autobus. Nous étions sauvés !

 

EUGENE MENEVEUX.

Un homme plonge à plusieurs reprises dans l’eau pour extraire des passagers de l’autobus. Les mains, les pieds ensanglantés par des éclats de vitres, il continue à nager sans relâche. Près de 2 heures le nageur restera ainsi à l’eau, puis brisé de fatique on l’obligera à abandonner sa mission héroïque. Cinq infirmières travailleront plus d’un quart d’heure à le réanimer.

Ce citoyen héroïque c’est Mr Eugène Mèneveux, fondé de pouvoirs d’une grande industrie Suisse et domicilié à Paris, 158 rue Montmartre. Il est surtout champion de natation et champion de France de sauvetage habillé. Lorsqu’il apprit la nouvelle de l’accident il se trouvait chez une cliente Mme Justinin 1 rue Thirion.  Mèneveux se se fit immédiatement conduire en auto sur les lieux du drame.

 

 

Par manque de lumière on reporte les recherches au lendemain.

Le 28,  à l’aide d’une grue venue de Bois-le-Roi on remonte l’autobus de la Seine.

 

Le corps du conducteur de l’autobus est également  repêché. Il s’agit de Jean Raynal né à Prades en (Aveyron) le 22 juin 1868. Le malheureux occupait un modeste logis 11 passage des Amandiers dans le 11éme quartier du Père Lachaise.

Le malheur s’acharne sur la famille Raynal.

Le lundi précédent le drame, c’est en rentrant de son travail que Jean Raynal appris que son épouse venait de décéder subitement d’une embolie.

Il restait seul avec cinq enfants dont l’aîné compte à peine 14 ans et le plus jeune 4.

Ces pauvres enfants orphelins sont confiés aux soins de leur grand-mère madame Dhuy demeurant 5 rue Guilhem dans le 11éme.

 

 

Pour l’ingénieur-Expert Mr Eschvege le levier était en prise sur la 3éme vitesse, la plus rapide.

Les conclusions de l’expert sont sans appel :  L’accident est dû à un trop brusque coup de volant à droite, à la trop grande rapidité du véhicule et à un manque absolu de sans-froid du malheureux mécanicien.

 

Le pont de l’archevêché en 2012.

 

 

Sources :

Un bus dans la Seine le 27 septembre 1911. « Le Petit Parisien » du 28, 29 et 30 septembre 1911. Reproduction Gallica.

www.multicollection.fr/Un-bus-dans-la-Seine.html

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2 réflexions au sujet de « Le 27 septembre 1911, un autobus plonge dans la Seine »

  1. Bonjour Gérard,
    Je viens de lire votre article, hypnotisée par ce terrible évènement et la manière si poignante dont vous le relatez. J’ai été tenue, de bout en bout, par ce drame effroyable auquel votre plume a redonné vie.
    J’ai peine à imaginer ce que ces malheureux ont ressenti en sombrant dans les flots. Quant aux rares rescapés et aux familles des disparus…
    L’acte de courage déployé par le nageur émérite force le respect!
    Je reviendrai lire ce texte remarquable.
    Je vous souhaite une excellente journée. Très cordialement, amitiés.
    Cendrine

  2. Bonsoir Cendrine,

    Effectuer les recherches pour rédiger cet article fut vraiment passionnant. Je suis très heureux que cela vous ai intéressé. Dorénavant je ne peux passer sur le pont de l’archevêché sans penser à ce terrible drame du 27 septembre 1911.

    Très bonne soirée
    gérard

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