Le tragique destin des 16 Carmélites de Compiègne

Le lundi 2 novembre 1789, l’assemblée constituante mets les biens de l’Église à  la disposition de la Nation. Un  décret du 16 février 1790  interdit les vœux monastiques et supprime les ordres religieux réguliers.

Le 18 août 1792,  se sont  les congrégations séculières principalement enseignantes et hospitalières qui sont supprimées à leur tour.

A Compiègne, le 14 septembre 1792, seize Carmélites sont expulsées de leur couvent par les autorités civiles.

 

« Décret de l’Assemblée national qui supprime les ordres religieux et religieuses. Le mardi 16 février 1790. »
  « Que ce jour est heureux, mes sœurs. Oui, les doux noms de mère et d’épouse est bien préférable à celui de nonne, il vous rend tous les droits de la nature ainsi qu’à nous. »

 

Suite à l’élimination des députés girondins, lors des journées d’émeutes des 31 mai et 2 juin 1793, les montagnards prennent le pouvoir.

Le 5 septembre 1793 débute la Terreur qui s’achèvera avec la chute de Robespierre le 26 juillet 1794.

 

Maximilien de Robespierre 1758 / 1794 dit l’incorruptible (guillotiné place de la Révolution actuellement Concorde).

 

Les Carmélites de Compiègne, expulsées en 1792résistent et vivent leur vocation dans différentes maisons de la ville, où elles sont réparties en quatre groupes ;  mais elles sont dénoncées par les jacobins de Compiègne  au comité de salut public du district.

Le 22 juin 1794, elles sont enfermées au monastère de la Visitation, transformé alors en prison.

Elles attendent que le Comité de salut public statut sur leur sort.

Le 12 juillet 1794  elles sont transférées de Compiègne à la Conciergerie à Paris.

Le 29 messidor an II (17 juillet 1794) elles sont présentées au tribunal révolutionnaire.

L’acte d’accusation est rédigé par Fouquier-Tinville accusateur public du tribunal révolutionnaire……..

 

Fouquier-Tinville –  né le  10/6/1746 – guillotiné le 7/5/1795.

 

Après un bref interrogatoire, et sans entendre de témoin, le tribunal condamne les 16 Carmélites :  elles sont déclarées coupables de rassemblements et conciliabules contre-révolutionnaire et condamnées à mort.

 

La guillotine ayant été déménagée de la place de la Révolution (place de la Concorde)  jugée trop centrale à la place du Trône-Renversé (Place de la Nation),  c’est dans des charrettes qu’elles prennent le chemin de l’échafaud  en chantant des cantiques tout au long du parcours.

 

 

Vêtues de leurs manteaux blancs  elles descendent des charrettes  puis se mettent à genoux et entonnent le Veni Creator  (chant grégorien qui nous accompagne pendant la lecture, suivi de Laudate Dominium).

Les assistants du bourreau  Charles-Henri Sanson viennent chercher la première carmélite à devoir être exécutée.

Il s’agit de la plus jeune, la novice  Constance de Jésus, âgée de 29 ans.  En montant à l’échafaud  elle  entame le Laudate Dominium chanté lors des fondations de carmels.

Les quinze autres religieuses sont exécutées les unes après les autres.

La mère supérieure Mère Thérèse de Saint-Augustin passe en dernier.

 

La nuit est tombée, c’est l’heure du dernier voyage.

On longe l’avenue de Saint-Mandé   puis c’est le passage à travers les champs labourés pour rejoindre la porte charretière du cimetière de Picpus.

 

 

La porte est soigneusement verrouillée derrière le passage du tombereau.

 

 

Leurs corps et leurs têtes sont jetés de nuit dans l’une des deux fosses communes du cimetière de Picpus.

 

Du  14 juin 1794 au 27 juillet 1794, 1306 personnes  furent guillotinées place du Trône-Renversé.  Leurs noms sont gravés sur deux plaques de marbre accrochées près du chœur de la chapelle Notre-Dame de la Paix  située à l’entrée du cimetière au 35 rue de Picpus.

 

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Le jour de notre visite au cimetière,  des sœurs missionnaires de la Charité de Mère Teresa, dans leur sari bleu et blanc, étaient venues prier devant la fosse commune ou l’on avait jetés les corps des  Carmélites le 17 juillet 1794.

 

Les Seize Carmélites Martyres ont été béatifiées le 27 mai 1906 par le pape Pie X :

Sœur Euphrasie de l’Immaculée Conception (M.-Cl. Brard), choriste, née le 12 mai 1736 à Bourth (Eure)
Sœur Saint-Louis, (Marie Anne F. Brideau), sous-prieure, née le 7 déc. 1751 à Belfort(Haut-Rhin)
Sœur Julie Louise de Jésus (Rose Chrétien de Neuville), choriste, née le 30 déc. 1741 à Evreux (Eure)
Mère Henriette de Jésus (Marie-F. de Croissy), maîtresse des novices, née le 18 juin 1745 à Paris
Sœur Sainte Marthe (Marie Dufour), converse, née le 2 octobre 1741 à Bannes (Sarthe)
Sœur Thérèse du Cœur-de-Marie (Marie Anne Hanisset), choriste, née le 18 janvier 1742 à Reims
Mère Thérèse de St Augustin (Marie Madeleine Lidoine), prieure, née le 22 sept. 1752 à Paris
Sœur Constance (Marie Geneviève Meunier), novice, née le 28 mai 1765 à Saint-Denis
Sœur Henriette de la Providence (Marie Annette Pelras), choriste, née le 16 juin 1760 à Cajarc (Lot)
Sœur de Jésus crucifié (Marie Anne Piedcourt), choriste jubilaire, née le 9 déc. 1715 à Paris
Sœur Marie du Saint Esprit (Angélique Roussel), converse, née le 3 août 1742 à Fresne-Mazancourt (Somme)
Sœur Catherine (Anne Catherine Soiron), tourière, née le 2 février 1742 à Compiègne (Oise)
Sœur Thérèse (Thérèse Soiron), tourière, née le 23 janvier 1748 à Compiègne (Oise)
Sœur Charlotte de la Résurrection (Anne M. Thouret), choriste jubilaire, née le 16 sept. 1715 à Mouy (Oise)
Sœur Thérèse de Saint Ignace (Marie Gabrielle Trezel), choriste, née le 4 avril 1743 à Compiègne (Oise)
Sœur Saint-François-Xavier (Elisabeth Juliette Vérolot), converse, née le 13 janv. 1764 à Lignières (Aube).

 

La tragique  histoire des Carmélites a donné lieu à plusieurs films ou téléfilms, dont différentes adaptations des « Dialogues des carmélites » de Georges Bernanos ainsi qu’un opéra en 3 actes de Francis Poulenc.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

5 réflexions au sujet de « Le tragique destin des 16 Carmélites de Compiègne »

  1. Bonjour Gérard,
    C’est un bien triste destin que celui de ces Carmélites et un passionnant article que vous offrez à vos lecteurs!
    Autant je réprouve les horreurs commises par l’Eglise au fil des siècles et les violences résultant de l’évangélisation effrénée de différents peuples, autant je condamne ce qu’ont subi ces malheureuses ne souhaitant que vivre leur foi.
    La Terreur porte hélas bien son nom…
    Quand on songe à tout le sang qui a coulé dans Paris, on comprend pourquoi on perçoit certaines « angoisses » dans certains lieux de la capitale.
    Je vous ai lu, une fois de plus, avec grand plaisir!
    Je vous souhaite une excellente journée, avec mon amitié, bises
    Cendrine

  2. bonjour Cendrine,

    de retour de week end passé dans le nord de la France (région qui gagne vraiment à être connue) c’est avec plaisir que je découvre vos précieux commentaires. Je pense comme vous que les exactions d’où qu’elles viennent doivent êtres dénoncées. Les carmélites, en l’occurrence, ont injustement payé pour des siècles de domination et d’obscurantisme de l’Eglise.

    je vous remercie

    bises gérard

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